[Indonésie] Le Kawah Ijen

Après notre éprouvant périple jusqu’au mont Bromo, nous enchainons sur l’ascension du Kawah Ijen, renommé pour ses célèbres « flammes bleues »

 

 

Voyage & hôtel

Comme la téléportation n’existe pas encore, nous reprenons la route. Le bemo nous ramène à l’agence des COTOREP, où on attend notre mini-bus. Nous sommes dispatchés selon nos destinations : certains rentrent à Yogyakarta, d’autres vont directement à Ketapang et d’autres, comme nous, font un détour par le Kawah Ijen.

12h, soit une heure et demi après, notre bus arrive enfin. Manque de bol, c’est toujours le même et il n’a toujours pas la clim.

16h, une averse tropicale déverse des trombes d’eau sur et dans le bus, manifestement pas tout à fait étanche. Je suis un peu blasée, ça ne m’atteint même pas.

18h, on arrive à l’hôtel de l’enfer. Il faut savoir qu’il n’existe qu’un seul hôtel suffisamment proche pour vous permettre de dormir quelques heures avant d’aller sur le Kawah Ijen, donc autant dire qu’avec un monopole pareil, ils ne se foulent pas trop sur la qualité du service.

Ambiance Corée du Nord dans toute sa splendeur, nos lits n’ont pas de draps, les rideaux ont des taches de sang (?!), les murs sont moisis, le porte-serviette rouillé, il y a deux centimètres de poussière dans le meuble de rangement au dessus du lavabo (je ne vous parle pas des cadavres de mouches et d’araignées) et la porte de la salle de bain tombe en morceaux, en plus de ne pas avoir de poignée.

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Notez le carrelage qui ne va pas jusqu’en haut donc en vous douchant, vous arrosez les murs 🙂

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Le bouchage de serrure à base de papier toilette était déjà en place quand nous sommes arrivés

Le repas est dans la même veine, à base de soupe de nouilles lyophilisée. La déco est toujours très…soviétique.

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N’ayant dormi que 3h la nuit précédente, nous sommes morts de fatigue. Pour ma part, c’est bien enroulée dans mon immense serviette Décathlon propre qu’à 21h, on s’endort.

Le Kawah Ijen

Ça monte…

Parce qu’à UNE HEURE DU MATIN, debout ! Hé oui, si on veut voir les flammes bleues, c’est de nuit qu’il faut descendre dans le cratère.

Après un court trajet en bus, nous arrivons au pied du volcan. Mais on ne le voit pas, puisqu’il fait nuit. CQFD. Un énergique jeune homme est notre guide attitré pour la matinée et nous distribue des masques à gaz. Alors est-ce qu’on a simplement eu de la chance parce que le vent n’était pas dans le bon sens ou s’agit-il d’un argument marketing bien rodé auquel tout le monde succombe, nous n’en savons rien. Mais reste que nous n’avons pas porté le masque de tout le trajet, ayant plutôt besoin de notre souffle.

On commence l’ascension et là, on vous aura dit que « c’est facile », « ça se fait tout seul », « pas besoin d’être sportif » et autres conneries. Alors non, non, ça n’est pas une promenade de santé. Autant le Bromo se fait relativement aisément, autant le Kawah Ijen monte dur. La pente est raide et surtout, on culmine à 2386m, donc en plein effort, je vous assure que la raréfaction de l’oxygène se fait sentir.
La montée ne fait que 3km mais nous aura pris environ trois heures ! Hé oui… à ce niveau, c’est quasiment de la randonnée, à mon avis. C’est faisable, mais à condition d’être préparé, et ce ne sont pas mes trois séances de sport hebdomadaire (à l’époque, ahem…) qui auront suffit.

Mais comme je suis têtue, malgré la fatigue et l’épuisement, je vais jusqu’en haut. On commence alors à apercevoir les flammes bleues.

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Et ça descend…

Il parait qu’il est formellement interdit de descendre dans le cratère mais je n’ai pas souvenir d’avoir vu le moindre panneau (il faisait nuit, rappelez vous).

L’effort est moindre, puisque nous sommes en descente, mais il faut redoubler d’attention pour ne pas glisser. Il n’y a pas de joli chemin pavé, et on passe de pierre en pierre, tant bien que mal. Notre guide est formidable et m’aide beaucoup, m’incitant à prendre appui sur lui pour descendre.

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Le type de chemin à descendre, de nuit…

Mais le Kawah Ijen n’est pas qu’une formidable attraction touristique. C’est aussi et surtout le lieu de travail de dizaines de mineurs de soufre, qui font d’incessants allers-retours entre le cratère et son sommet. Ils portent jusqu’à 70 ou 80kg de soufre sur leur dos, dans des paniers en osier. Inutile de dire qu’il faut s’écarter pour les laisser passer et ne pas les gêner dans leur ascension. Le sujet est sensible, donc je ferai un petit aparté sur le sujet à la fin de l’article.

Petit à petit, on se rapproche des fameuses flammes bleues, jusqu’à être en bas du cratère, où on peut alors s’assoir pour les contempler (et tenter de les prendre en photo)

Contrairement à ce qu’on peut lire parfois, ce n’est pas de la lave bleue. Ce sont bien des flammes, dues à l’embrasement des vapeurs de soufre.

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Vers 5h, le soleil se lève. On peut enfin voir le paysage, apocalyptique, qui nous entoure.

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Cette fois, je suis dans un volcan en activité. No stress.

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On voit également le lac, d’un bleu turquoise. J’imite notre guide, et je plonge un doigt dans ce qui est le lac le plus acide du monde : 0,2 de pH. L’eau est très chaude, volcanisme oblige, mais mon doigt ne se dissout pas, ouf.

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Et ça remonte…

Notre guide fait signe qu’il est l’heure de remonter. Malgré l’effort physique, c’est plus facile quand il fait jour. On fait quelques arrêts pour admirer la vue et le lac.

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Et ça redescend…

On redescend les pentes du volcan, et je me rends compte de l’énorme coefficient de la pente que j’ai dû grimper, quelques heures auparavant. Je vais peut être dire une bêtise, mais il me semble qu’elle était à 16 ou 17°.

On peut aussi contempler le magnifique paysage qui nous entoure. C’est verdoyant et la brume rend l’atmosphère un peu mystique (quand les chinois ne crient pas dans tes oreilles en courant…)

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Arrivés en bas, on remercie chaleureusement (et financièrement) notre guide. Pour la première fois, on a eu quelqu’un de dynamique, motivé et qu’on sentait désireux de partager son savoir et de nous aider, ça nous a fait très plaisir.

Il est seulement 7h du matin mais j’ai l’impression d’avoir vécu une journée complète. On remonte une dernière fois (YEAH) dans le mini-bus, qui nous dépose à Ketapang.

Java, c’est fini. Ce fût rude, intense, fatigant. On a encore une journée de transport devant nous, avant de buller sur les plages de Gili. Mais ça sera dans le prochain article 🙂

 


Réflexion sur les mineurs et porteurs de soufre

Difficile de parler du Kawah Ijen sans évoquer le sort de ces mineurs et porteurs de soufre. Ils font un boulot éreintant, pour un salaire de misère (même si supérieur au salaire mensuel moyen indonésien) et une espérance de vie d’une cinquantaine d’années, dans les meilleurs des cas.

Et à côté, vous avez ces riches touristes occidentaux qui les contemplent comme des bêtes de foire, ou tentent la discussion pour en savoir davantage sur leurs conditions de vie. Comme s’ils ne se doutaient pas de la réponse, et sans se remettre en question un seul instant. Car le soufre extrait sert essentiellement à blanchir le sucre de canne que l’on consomme, ou à être utilisé dans les cosmétiques.

Pour ma part (notre part), je ne savais pas quoi faire, donc je n’ai rien fait.

Il vaut mieux ne rien faire que de s’occuper mal à propos (citation de Baltasar Graciàn y Morales).

Je n’ai pas acheté de petites sculptures de tortue en soufre, mais je n’ai pas non plus pris en photo ces porteurs. Je n’ai pas amené de cigarettes ou de bonbons. Comment savoir ce qui est mieux ? Les inciter à dépendre des touristes ? Les laisser faire leur boulot, et attraper un tas de maladie ? Il est compliqué de répondre à cette question, donc je n’y ai pas répondu…

Réflexion sur les tours organisés

Cette façon de voyager n’est clairement pas dans nos habitudes, et pour être francs, ne nous tentait absolument pas. On a looooonguement hésité à faire le trajet Yogyakarta/Bromo/Ijen par nous même. J’ai passé des heures et des heures, à lire des dizaines d’articles de blogs en français et en anglais, à peser le pour et le contre.

Et puis…une fois sur place, on a choisi la facilité.

On a pris un tour organisé parce que c’était plus reposant. Pas besoin de négocier sans cesse pour les trajets et les hôtels, pas besoin de se repérer seuls dans un pays inconnu à la circulation dingue, pas besoin de flairer les arnaques. On se faisait trimbaler d’un point A à un point B, de manière peu confortable certes, mais ça n’aurait pas été mieux si on y avait été par nous même. De cette façon, on a gardé nos forces pour l’ascension des volcans. Et vu le peu qu’on a dormi, inutile de vous dire qu’on s’est félicité de notre choix.

On a pris un tour organisé parce que c’était moins cher. 65€/personne pour deux nuits d’hôtel et tous les trajets, c’est quasiment imbattable en temps normal. Mais avec la main-mise de la mafia locale sur les accès au Bromo et les hôtels autour des volcans, je ne suis pas certaine qu’il était possible de payer moins pour le même itinéraire. J’ai lu quantité d’avis de voyageurs (notamment sur Trip Advisor) qui n’avaient pas eu d’autre choix que de payer des sommes folles pour dormir quelques heures à l’hôtel près du Kawah Ijen, puisqu’ils n’avaient pas le choix.

On a pris un tour organisé parce que c’était plus rapide. Malgré quelques heures d’attente ponctuelles, il n’y a pas eu de temps mort dans notre itinéraire. On n’a pas eu à chercher de moyen de transport pour nous rendre au pied du Bromo par exemple, ou pour en repartir, ce qui aurait pu nous faire perdre une nuit.

Mais le tour organisé n’était pas parfait, loin de là. Et si c’était à refaire, on négocierait probablement de zapper le lever du soleil au Bromo. A la place, on grimperait directement au bord du cratère, avant la foule. De la même façon, puisqu’on a déjà vu les flammes bleues du Kawah Ijen, je préfèrerais y retourner de jour pour contempler le lac en plein soleil. Et puis surtout, on négocierait de faire Yogyakarta – Probolinggo en train, et pas en mini-bus de l’enfer.


Infos Pratiques

  • Porter de bonnes chaussures. Ne vous chargez pas forcément de chaussures de rando, surtout si c’est votre seule rando du voyage, mais mettez au moins des baskets (et pas des tongs, bordel !)
  • Amenez une lampe de poche, ça vous sera extrêmement utile dans la descente
  • Un foulard ou un t-shirt peut suffire à vous protéger le nez et la bouche du nuage de souffre si, comme nous, il n’est pas fort. N’hésitez pas à en emmener un supplémentaire à cet effet.

Telys

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