Faire le tour du monde à vélo : Interview de Jérémy

Aujourd’hui ReadMeUp invite Jérémy, un collègue et ami qui a pour projet complètement fou de faire le tour du monde à vélo avec son comparse Clément.

Un voyage de plus de 50.000km étalé sur 2 ans et demi qui emmènera le duo aux 4 coins du monde. Mais le mieux placé pour en parler c’est encore lui, donc place à l’interview.

coco et goubi

 

– Faisons les présentations :

Bigfoot : Mais qui es-tu ?

Jérémy : Jérémy, 29 ans, et pour résumer en trois mots : informaticien, rugbyman, bordelais.

 

– Présentation de ton projet :

B : Peux-tu nous expliquer la genèse de ton projet ? D’où et quand t’es venu l’idée et pourquoi la concrétiser maintenant ?

J : L’idée en elle même remonte au fin fond des temps, on en parlait régulièrement (Clément et moi mais également les potes et mon frère) comme ces rêves que l’on peut avoir quand on refait le monde à 3h du mat’. Et du coup, un soir à 3h du matin justement, l’envie de partir était plus forte. Les attaches qui nous restaient ne suffisaient plus à nous retenir alors on s’est dit « On part ! ».

 

B : Concrètement, combien de temps as-tu mis à préparer ton projet ?

J : Relativement peu par rapport à ce que l’on a pu voir sur d’autres blogs. L’idée a germée en septembre, il nous a donc fallu 7 mois. Au départ on avait plein de projets (sponsoring etc.) mais pour rester réaliste on a du se limiter par manque de temps. On s’est donc focalisé sur l’essentiel : le voyage en lui même.

 

B : Quelle a été ta contrainte la plus forte pour planifier ton voyage ? Est-ce que c’est plutôt lié au temps ? Au budget ? Aux contraintes administratives ?

J : Dans cet ordre : Itinéraire -> Matériel -> Santé/sécurité -> Administratif -> Bonus (blog/articles/photos…).

 

B : Si ce n’est pas indiscret, quel est ton budget pour un tel projet ? Quelle est la part de l’équipement, de l’hébergement, de la nourriture, des transports… ?

J : Le budget global par personne est de 22.000€. J’ai résumé le détail dans le tableau ci-dessous

Prévision Dépense
Libellé Montant
Santé 2 500
Visa 750
Velo 2 000
Quotidien (3 ans à 10€/j) 10 255
Transport 4 810
Matériel avant départ 1 500
   
TOTAL 21 815

 

B : L’une des originalités de ton projet c’est le vélo. Est-ce que tu t’es imposé un entrainement physique particulier en prévision du voyage ?

J : Non, rien de « particulier ». Peut être à tort mais nous sommes relativement sportifs de base, on fait du sport très régulièrement (au moins deux fois par semaine) et depuis 1 an et demi nous faisons tout a vélo : trajets quotidiens, visites chez les potes etc… On a également fait quelques sessions de test de 80 km, chargés ou non.

 

B : Ton itinéraire détaillé est disponible sur ton blog mais peux tu nous en donner les grandes lignes ?

J : Le but du jeu c’est de passer par les 5 continents. On peut découper le trajet en 10 étapes de 5000 kms et trois mois chacune :

  • Etape 1 : Remontée vers les pays Baltique. Bordeaux -> Helsinki.
  • Etape 2 : La grande traversée : Russie/Kazakhstan. Helsinki -> Kirghizistan.
  • Etape 3 : L’Asie. Kirghizistan -> Bangkok en passant par la Chine, le Laos et la Thaïlande.
  • Etape 4 : Au pays des kangourous et des maoris : Australie et Nouvelle Zélande. Destination Auckland.
  • Etape 5 : Amérique du Nord : Alaska, Canada et Etats-Unis par la cote ouest.
  • Etape 6 : Amérique centrale.
  • Etapes 7 et 8 : Amérique du sud.
  • Etape 9 (optionnelle) : Afrique : Afrique du sud -> Kenya (en fonction des conditions géo-politiques).
  • Etape 10 (optionnelle) : Les Balkans : Istanbul -> Bordeaux.

 

B : Quelle a été la réaction de tes parents/ta famille/tes amis/tes collègues quand tu leur as annoncé ton projet ?

J : Très diverses mais en général très positifs, presque tout le monde trouve ça génial. Les parents étaient un peu plus réservés au départ : grosse part d’appréhension. A force de voir notre projet prendre forme et s’organiser, ils se sont un peu détendus. En gros ça fait rêver les gens. Ce qui nous fait vraiment chaud au coeur, c’est que tous les gens avec qui on en parle sont derrière nous et nous soutiennent et c’est ça qui va nous donner énormément de force pour tenir sur le chemin.

 

– Ta philosophie du voyage :

B : J’ai cru comprendre que tu souhaitais faire en sorte que ce voyage soit « ouvert », peux-tu nous en dire plus sur ta « philosophie de voyage » ?

J : Une fois de plus je vais le résumer en trois mots :

  • Découvrir : On a choisi le vélo en partie pour sortir des sentiers battus et des voies touristiques. Ça nous « obligera » à voir les gens hors des coins touristiques et ça favorisera la rencontre.
  • Se découvrir : Ça va être une épreuve physique et surtout mentale. On espère que cela nous permettra de nous mesurer, de savoir jusqu’où on peut aller et aller chercher nos ressources les plus enfouies.
  • Partager : Notre objectif c’est de partager ce voyage avec tous les gens qu’on aime et c’est pour ça qu’on laisse la possibilité à chacun de nous accompagner sur des bouts de chemin en cours de route. Par exemple : On a prévu un départ groupé le 6 avril pour partager les premiers kms ensemble (une quinzaine de vélos). Mon frère va nous rejoindre pour la partie Australie-Nouvelle Zélande et un autre pote (Pierre) sur le Laos et la Thaïlande.

 

B : As-tu également prévu de partager ton voyage en ligne pour que, faute de pouvoir te suivre physiquement, l’on puisse te suivre virtuellement ?

J : Tout a fait on a monté un petit blog http://attrapemaroue.com. Le nom rejoint le point précédent.

 

– Quelques détails pratiques :

B : Au niveau de l’hébergement, qu’as-tu prévu ?

J : On va dormir essentiellement dans la tente. Ensuite on compte sur les rencontres et la générosité des gens pour nous héberger a la bonne franquette.

 

B : Et pour la nourriture ?

J : C’est compliqué. On n’a pas de frigo et peu d’espace de stockage. En gros nous avons deux à trois jours de réserves de nourriture et un jour de réserve d’eau sur les vélos. A chaque étape, chaque village on essayera de remplir nos réserves de nourriture. Pour l’eau on a une « capacité » de 7L et lorsque l’on n’aura pas accès à une source d’eau potable on utilisera un micro-filtre céramique qui nous permettra de nous ravitailler (et également des tablettes désinfectantes si besoin).

 

B : Coté administratif je suppose que ça n’a pas du être facile de gérer à la fois l’administration française et aussi tous les visas ?

J : En fait ce n’était pas si compliqué. Ça dépend bien sûr de la situation de chacun mais globalement peu de démarches sont nécessaires. A part un éventuel passage chez Pôle Emploi pour gérer les droits, les redirections de courrier, quelques démarches du coté de la banque pour négocier les tarifs des retraits à l’étranger et la souscription à une assurance voyage spécifique, pas trop de prise de tête dans l’ensemble. Les outils de gestion en ligne simplifient pas mal la vie en fait. Coté voyage il n’y a pas tant de visas que ça, la plupart étant délivrés aux postes frontières. Les 3 gros pays qui posent problème sont la Chine, le Kazakhstan et la Russie (le pire du pire).

 

B : Et les vaccinations ?

J : Il nous a fallu nous y prendre au moins 6 mois a l’avance. Ça représente un budget non négligeable, environ 500€ non remboursés par la sécu. 1 a 2 séances d’injection par mois + les traitements prophylactiques pour les maladies pour lesquelles il n’existe pas de vaccin.

 

B : Comment as-tu pris en compte les contraintes climatiques dans le calcul de ton itinéraire ?

J : On a essayé de jouer avec l’axe nord/sud pour globalement suivre l’été. Sur le vélo notre pire ennemi c’est le vent et la pluie. Le site http://www.capaustral.com nous a beaucoup aidé dans la planification.

 

B : Et coté organisation du temps ?

J : Les jours où l’on roule on doit faire 80km en moyenne par jour. Bien sur ce sera à ajuster en fonction du relief et du vent, il est possible que l’on doive compenser les passages montagneux en roulant plus longtemps sur les passages plats. En gros on va rouler les deux tiers du temps, par étapes : c’est a dire qu’après avoir roulé par exemple 10 jours, on prendra 5 jours de repos.

 

– Coté équipement :

B : Pour faire un tel voyage je suppose que tu n’as pas acheté le vélo premier prix de chez décathlon, tu peux m’en dire plus sur le vélo que tu as choisi et les contraintes qui ont guidées ton choix ?

J : Oui, le coté matériel est vraiment important. Il y a peu de marques qui font des vélos de treck et il faut taper dans le haut de gamme. Pour ma part j’ai choisi un modèle « TX400 » de la marque « Fahrrad Manufacture » et Clément avait déjà un « Bad Boy » de chez « Cannondale » qu’il a entièrement customisé. Ce sont des vélos adaptés au treck, entre le VTT et le VTC. Au niveau des contraintes, il nous fallait à la fois quelque chose de robuste, performant et facile à maintenir/réparer. Ce sont ces trois contraintes plus le facteur financier qui ont guidé nos choix. En gros, on a pris des accessoires le plus « standard » possible pour pouvoir trouver un remplacement (même de moins bonne qualité) n’importe où dans le monde. De même on a choisi un cadre acier qui est plus facile a souder qu’un cadre alu. Après la limite de performance s’est joué au niveau du prix, il existe des modèle beaucoup plus performants mais le prix était doublé…

 

B : Tu vas traverser tout une gamme de climats très différents au cours du voyage, comment vas-tu gérer ça niveau vestimentaire ?

J : Le plus difficile a gérer c’est le froid. On part avec une « couche chaude » : justocorps, polaire, K-Way, pantalon de pluie, chaussettes en laine et chaussures gore tex. Avec un super duvet pour la nuit ça nous permettra de gérer le coté froid. Pour la chaleur ca nous fait un peu moins peur et on n’a rien prévu de vraiment spécifique : short, claquettes, casquette, lunettes de soleil…

 

B : Et l’équipement de camping, tu as réussi a caser tout ça aussi dans ton espace limité ?

J : Oui, le matériel de camping ne prends pas tant de place que ça. Ça se résume a :

  • Une tente calé sur le porte baguage arrière
  • Le duvet qui coûte cher mais est très compact.
  • Un sac à viande.
  • Un réchaud.
  • Des assiettes pliables.

 

B : Qu’as-tu prévu comme musique et/ou livres pour t’accompagner ?

J : Niveau musique j’ai prévu un répertoire très vaste : reggae, rock, ska, classique, musiques de film, salsa, blues… Pour gérer et m’adapter en fonction des moments, des ambiances… Je ne part qu’avec un seul livre : « L’Alchimiste » de Paulo Coelho, qui est mon livre préféré et qui a été une des inspirations qui m’ont poussées a partir.

 

– Tout quitter :

B : Comment as tu géré le départ d’un point de vue « matériel » ? Je supposes que tu as dû tout quitter : ton appart, tes meubles, ta voiture…

J : L’appart, je l’ai entièrement vidé et pour les meubles j’ai tout donné à mes potes. Je n’ai gardé que le strict minimum que j’ai laissé chez ma mère. Pour la bagnole, elle avait déjà trop vécu, elle part à la casse la semaine prochaine.

 

B : Et au niveau professionnel ? Comment gérer une absence de plus de deux ans ?

J : J’ai pris un congé sabbatique de 11 mois. Pour le reste, je me suis arrangé avec mon employeur pour poser des congés sans solde. En clair, si tout se passe bien je garde mon boulot en rentrant mais je n’ai absolument aucune garantie. Sinon l’autre solution c’est la démission ou rupture conventionnelle de contrat, ce qu’a fait Clément.

 

– Inquiétudes :

B : Quel est/sont ta/tes plus grosse(s) inquiétude(s) concernant ton projet ?

J : Le mental : est-ce qu’on va arriver a passer le changement de vie et les difficultés… Ensuite la sécurité routière et les problèmes éventuels de visas et d’avion.

 

B : Et la promiscuité ? Le fait d’être à deux tout le temps ne te fais pas peur ?

J : On est conscient que ça ne va pas être simple mais on se connait depuis plus de 20 ans et on a vécu en collocation pendant un an et demi. on se connais suffisamment pour savoir quand se dire ce qui ne va pas et surtout pour se pardonner.

 

B : As-tu prévu des « Plans B » ? Y’a t’il des parties de ton voyage potentiellement problématiques ?

J : Oui, on a des plans B un peu partout et surtout certaines parties du voyage sont « optionnelles ». On anticipe surtout certains pays avec visas difficile a obtenir comme la Russie et les pays « chauds » comme la Colombie. On a déjà évoqué le fait de zapper les pays en question si on n’a pas d’autre possibilité mais on essayera d’aller jusqu’au bout dans la mesure du possible et du raisonnable.

 

B : Justement tu parles de « pays chauds », tu n’as pas peur pour ta sécurité personnelle ?

J : On a très peu de retours sur les blogs de « backpacker ». Si on reste discrets, et qu’on fait un minimum attention a ce que l’on dit et ce que l’on porte… En plus notre idée c’est de partir pour rencontrer des gens et partager donc on essaye de ne pas se mettre la pression là dessus.

 

 

– L’après voyage :

B : C’est sans doute très loin aujourd’hui mais qu’as-tu prévu pour le retour ?

J : Rien, je me suis gardé la possibilité de retourner a mon ancien boulot mais justement je veux faire le point en rentrant. L’idée c’est de potentiellement changer de vie, redéfinir mes priorités dans la vie.

 

B : As-tu des projets autres que reprendre ton ancien travail ? (écrire un livre ?)

J : Non rien pour le moment. C’est aussi pour ça que je part, pour faire le point. Ça me permettra de découvrir des inspirations.

 

 

– En conclusion :

B : Est-ce que tu as des regrets concernant ton voyage, des pays que tu n’as pas pu inclure par exemple ?

J : Oui, en particulier l’Inde, le Népal et le Japon. L’Inde et le Népal posent beaucoup de problèmes au niveau des visas et surtout nous obligeraient à passer par le Pakistan qui peut représenter un danger éventuel vu le contexte politique… Pour le Japon c’est purement un problème de budget. C’est un pays qui coute cher et surtout ça nous aurait obligé à prendre deux billets d’avion en plus.

 

B : Une conclusion ?

J : Lancez-vous dans un projet comme ça, c’est des contraintes et des pleurs mais c’est essentiellement du bonheur. Si vous en avez envie, arrêtez d’en rêver et faites le ! Rien que la préparation est une expérience en soit, ça fait 7 mois que je me lève, que je mange et que je me couche avec mon projet.

 

B : A quelques jours du départ, tu te sens prêt ? Qu’est-ce que tu aurais aimé approfondir / préparer ?

J : Certains aspects sont prêts, d’autres moins. Y’a des moment ou je me sens prêt et d’autre où j’ai des doutes mais à deux semaines du départ, il me tarde de partir. De toute façon, une préparation sur un trajet comme celui là ne sera jamais parfaite. Et le reste, l’imprévu sera l’aventure…

 

Le départ est prévu le 6 avril. Si vous avez des questions n’hésitez pas à les poser en commentaire ou via son blog http://attrapemaroue.com/

Bigfoot

2 Comments

  1. J’ai l’impression que c’est courant ce tour du monde à vélo. Je connais quelqu’un qui part bientôt en Amérique du Sud…

    Et Anthony SALOMONE vient de publié un libre «Le cycle des rencontres» dont voici le synopsis :  » Parti à vélo en janvier 2006 du bout de la Bretagne pour un tour du monde devant durer plus de 3 ans, Anthony Salomone s’émerveille des rencontres à chaque tour de roue . L’une d’elles va changer durablement sa vie puisqu’il se marie …à Jérusalem! Désormais établi dans l’arrière-pays niçois avec son épouse et leurs 3 filles, Anthony Salomone nous fait partager par l’écriture ce voyage qui bouleversa son existence. »

    • Merci pour les infos sur ce livre Ally, ça a l’air chouette. Quand j’aurais écoulé ma pile à lire, il faut que j’y jette un œil 😉

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